La ferrateria de Don Benito

ferrateria de don benitoCe livre est un portrait de Benoît Piéron, pourtant il s’agit de tout autre chose que d’une simple monographie. Les dernières pages nous donnent un aperçu rétrospectif de ses œuvres, mais l’essentiel de l’ouvrage est tourné vers la période très récente de sa création, alors qu’il était en résidence à la Casa Velasquez. Celle-ci est une « résidence » peu ordinaire, l’artiste n’étant pas assigné à un lieu. Il a choisi néanmoins de s’installer en Espagne afin de s’imprégner de l’esprit d’une culture qui lui était étrangère et de s’en inspirer. Ce double statut, celui d’être nomade et en quête d’un chez soi ou d’une stabilité, est d’ailleurs pleinement cohérent avec les questions profondes qui l’animent.

Le travail de Benoît Piéron est depuis longtemps marqué par la question de l’habitat, un habitat rudimentaire, provisoire, mais reflétant un besoin proprement humain, et peut-être plus qu’un besoin, une nécessité. Les œuvres présentées dans cet ouvrage consistent dans une série de papiers peints créés par l’artiste. L’artiste assigne à ce matériau un caractère de nécessité, ce qui peut paraitre étrange puisque la seule fin en est la décoration. On a tendance, en effet, à considérer la décoration comme étant d’importance secondaire, comparé au besoin de s’abriter et d’avoir tout simplement un « toit ». Dans toutes les œuvres de Benoît Piéron l’ornement est au contraire aussi essentiel que la structure qui l’accueille, ce qu’il exprime par ce commentaire provoqué par la façade de la maison des éditeurs à Madrid*:

« Ici, en péninsule Ibérique, j’ai le sentiment que l’ornement ne fait qu’un avec la structure, elle est la peau qui croît avec les os»

Loin de faire de l’habitat et de l’ornement les fruits de la « culture », l’artiste assigne à l’un comme à l’autre un caractère organique. Ils sont tous les deux les composantes d’un seul et même corps.

Les motifs des différents modèles de papiers peints reprennent la structure répétitive de décors islamiques. Dans ces motifs, nous voyons apparaitre des dessins d’anatomie d’organes génitaux féminins mêlés à des éléments d’organismes essentiellement végétaux. L’œuvre entrelace ainsi des références aux caractères propres de l’homme – le développement de techniques et le besoin d’expression artistique – avec des caractères communs avec les autres formes de vie. Le vagin est ainsi présenté comme la figure symbolique de la vie, de la création inhérente à la nature. Il représente également, que l’on soit homme ou femme, notre tout premier habitat, un habitat qui n’est autre qu’un corps.

Un autre thème se dessine, sous-jacent à celui de l’habitat et qui offre un nouveau développement au caractère de nécessité vitale de l’ornement, le thème de l’exil. Un papier peint s’emporte partout et permet de reconstituer, quelque soit le lieu où nous nous trouvons, le lieu confiné d’une demeure originaire. Un lieu qui n’a pas de localisation géographique mais se situe bien plutôt entre le fantasme et la réalité. L’ornement permet de renouer avec ce fantasme nécessaire à notre épanouissement. Il rappelle également le principe essentiel de la vie, la fertilité, dont les représentations végétales traduisent le caractère irrépressible.

Théodora Domenech, La ferrateria de Don Benito, Casa Velazquez, 2012.

*Bâtiment réalisé par José Grases Riera pour la Société des écrivains et des éditeurs espagnols à Madrid.

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